La Presse sur IPad : La fin d’un rituel?

Le journal La Presse projette quitter sa version papier, idéalement d’ici 2013, pour se tourner vers la tablette numérique, virage intitulé le « Plan IPad ». (Les liens référents à cette nouvelle sont au bas de ce billet). Toute une révolution, qui pour plusieurs, se devait d’arriver pour « sauver » les journaux traditionnels du déclin qu’un support papier impose, dans cette ère numérique, dans cette industrie de l’imprimerie qui, chaque jour tente de se sortir la tête de l’eau.

Le modèle d’affaires est simple, basé sur les compagnies de cellulaires : tablette gratuite avec abonnement de trois ans. Ce virage sera mené par Sylvie Leduc*, ancienne vice-présidente au développement des affaires chez Molson Coors. J’ai eu le privilège de recevoir Madame Leduc comme conférencière il y a deux ans. Une femme de tête, motivée, rassembleuse, qui n’a pas froid aux yeux. Une leader qui saura mener ce projet à bon port, j’en suis certaine.

De nombreux spécialistes techno vous parleront mieux que moi de la déficience probable de ce modèle : l’évolution de la technologie qui rendra rapidement le support désuet et le modèle d’affaires d’origine vétuste; l’ère du choix ciblé, à l’image de l’industrie musicale où l’on se procure ses chansons à la pièce; l’inconfort de la lecture à long terme sur un écran, les échecs qu’ont connus d’autres médias en tentant l’expérience, etc. D’autres vous diront que ce virage numérique devenait inévitable face à la crise que vivent les médias papiers, et ce, depuis plusieurs années.

L’expérience client : le rituel

Je lis le journal La Presse depuis de nombreuses années. Abonnée quotidienne, je suis passée à l’abonnement week-end, en grande partie avec la venue de Cyberpresse, et aussi parce que je n’avais plus le temps de la lire le matin. Mais La Presse du week-end a toujours été MA Presse. Même avec l’arrêt de la parution de l’édition dominicale. J’aime aller la chercher, dans le hall de mon immeuble, encore en pyjama, pendant que le café coule. Je sélectionne et replace les cahiers, à MA façon, cahiers que je lis quand même tous, toujours dans le même ordre. J’aime l’étendre de tout son long, y laisser des ronds de café, c’est mon samedi matin. Même mon chat aime La Presse, s’étendant inévitablement lui aussi de tout son long, sur le cahier que je suis justement en train de lire. Mais ça c’est une autre histoire. La publicité télé avec l’homme qui perd sa sandale sans interrompre sa lecture, les cahiers éparpillés un peu partout? C’est moi.

J’aime l’odeur de l’encre sur le papier. J’aime la présentation graphique qui s’est amorcée il y a une dizaine d’années, avec l’embauche d’un ancien collègue de travail, Benoit Giguère, à titre de directeur artistique. Je ne crois pas que Benoit m’en voudra de raconter cette anecdote, si je m’en souviens bien. Lorsque La Presse l’a contacté par téléphone (c’était encore comme ça dans le temps), il croyait avoir affaire à un « télémarketeux » qui tentait de lui vendre un abonnement. Il a pris deux semaines à rappeler. Jusqu’à temps que Julien Chung, illustrateur de longue date pour La Presse, le contacte personnellement. Sage réaction pour embaucher cet homme de talent, qui à mon sens, contribue à maintenir La Presse parmi les grands journaux d’aujourd’hui, comme le témoignent les nombreux prix récoltés au fil des ans.

Quel sera le modèle publicitaire?

Curieusement, j’ai rédigé un billet sur la télévision en pleine mutation dernièrement où je faisais état du changement du modèle, du transfert vers de nouvelles plateformes d’écoute. Cependant, l’expérience reste sensiblement la même : visionner sur un écran ou sur un autre, le support reste semblable. Dans le cas du changement de la télé, c’est de mobilité dont il est surtout question. Le journal ne vit pas cette situation, ayant toujours été « mobile ». Cependant, le financement par les revenus publicitaires devra retourner aux fourneaux. Ce qui recoupe un peu ce qui a été mentionné dans mon billet sur la télé. L’interactivité potentielle amène un nouveau modèle publicitaire basé sur le besoin, souvent immédiat, de se procurer un produit, un service. Mais j’avoue que j’ai quand même une pensée pour tous ceux qui ne sont pas des amateurs de technologie… Mais je me dis que si ma mère lit désormais ses journaux sur Internet, tout est possible!

Le journaliste en mutation

Ce nouveau modèle amènera inévitablement un changement pour le métier de journaliste. Avec ce virage numérique, sans doute jumelé à une stratégie de déploiement par le biais des médias sociaux, l’importance d’être le premier sur la nouvelle prendra tout son sens, devant l’instantanéité que prescrit le Web et le Web 2.0. J’y vois beaucoup l’importance de l’apport du lecteur qui contribuera de plus en plus à la nouvelle. Les journalistes ne feront plus que rapporter la nouvelle, leur opinion deviendra de plus en plus sollicitée. D’ailleurs, la mutation est déjà amorcée avec les journalistes-blogueurs…

Vers l’avenir…

Malgré le fait que je serai nostalgique de mon édition papier, j’embarquerai sans doute dans la vague, trempant déjà dans la technologie depuis plusieurs années. Je me dis que la vie évolue, les médias aussi. Et je suis davantage fière qu’un média d’ici prenne ce virage parmi les premiers. Audacieux.

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Pour en savoir plus sur le « Plan IPad » de La Presse :

La Presse en voie d’abandonner le papier, par Anne-Caroline Desplanques, sur ProjetJ.ca

Révolution numérique à La Presse, par Stéphane Baillargeon, Le Devoir

La Presse pense à un « Plan IPad« , par Martin Lessard, sur Triplex (le blogue techno de Radio-Canada)

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Mise à jour (17 mars 2011)

Selon Le Devoir, ce projet serait étendu à d’autres publications du groupe Gesca : La Voix de l’Est, La Tribune, Le Nouvelliste, Le Droit, Le Quotidien et Le Soleil.

Mise à jour (30 mars 2011)

Selon Les Affaires.com, Mme Sylvie Leduc aurait quitté ses fonctions sur une base volontaire, mais à la suite de divergences d’opinion avec la haute direction.

Une réflexion sur “La Presse sur IPad : La fin d’un rituel?

  1. Salut Marika! comme pour ma réponse à ta question sur la nouvelle télé, autant techno que je suis (et j’ai déjà mon ipad évidemment) l’enjeu d’une presse entièrement numérique est que nous le matin (ma femme et moi) on ne lit pas les mêmes cahiers ou encore on ne les lit pas en même temps! ca va être pas mal chiant de se passer le ipad ;))

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