Pourquoi je n’irai pas sur Pinterest ou le déficit d’attention chez l’adulte

Bon. Titre trendy avec Pinterest (c’est bon pour le référencement, héhé!), mais j’utilise ce sujet à la mode pour aborder le déficit d’attention chez l’adulte.

Pinterest en quelques mots

Pinterest est cette récente plateforme qui fait des milliers de nouveaux adeptes chaque jour, partout dans le monde. Pinterest, c’est un grand babillard virtuel, où les utilisateurs sont invités à partager leurs trouvailles visuelles. L’usage est d’épingler (piner) des images intéressantes (interest) glanées un peu partout. Le babillard est séparé par sujets – suggérés ou non – des plus divers : architecture, design, mode, décoration, bouffe, etc. On peut personnaliser son babillard en fonction des ses intérêts justement et les partager aux autres. Pour plus d’information, je vous suggère de lire ce billet de Xavier, blogueur sur Emarketing.fr et si vous êtes intéressés, cette présentation de TheCelinette est une bonne base pour démarrer.

Capture d'écran du compte de @Guime sur Pinterest

Capture d’écran du compte de @Guime sur Pinterest. Guime est un directeur artistique possédant un oeil aiguisé pour le design et un sens de l’esthétisme en général

Je navigue aisément parmi plusieurs médias sociaux, de façon personnelle et professionnelle. Ma curiosité numérique me porte à m’intéresser aux nouvelles plateformes. Je me suis questionnée sur Pinterest : devrais-je ou non embarquer? Plusieurs personnes ont commenté mon questionnement, mais un point revenait souvent dans ces commentaires : cette plateforme est addictive.  

Je n’embarquerai pas sur Pinterest justement pour cette raison. Je me connais et je sais que j’aurais le tempérament pour aimer ça. La contrepartie c’est que je sais que j’y perdrais un temps fou à épingler et ré-épingler. Mais surtout, je me laisserais facilement déconcentrer. Voilà que j’aborde le coeur du sujet de ce (long) billet.

Médias sociaux, focus et concentration (ou absence de…)

Depuis deux ou trois ans, je remarque que j’ai des problèmes de concentration, de focus. J’ai pensé à l’alzheimer précoce, j’ai pensé au surmenage, j’ai pensé à toutes sortes d’affaires. Deux ou trois ans correspond aussi à une présence accrue sur les médias sociaux ainsi qu’à l’achat d’un iPhone. Y aurait-il un lien de cause à effet? Je ne saurais dire. Jusqu’à ce que je tombe sur un article (désolée, le lien a été victime de hacking) qui soulevait le problème de consommation de ritalin chez les étudiants, consommer pour augmenter leur capacité à « performer ». Quand je l’ai lu, je me suis dit : Merde, c’est scandaleux, mais je me suis surtout dit : Merde, c’est ça que ça me prend…

Et j’ai investigué. J’ai consulté une psychologue qui travaille avec des adultes atteint de TDAH (trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité). Pour l’hyperactivité, j’ai toujours eu beaucoup d’énergie. Ça s’expliquait. Je travaille dans le milieu des communications où la créativité et le dynamisme sont communs, à la limite exigés et souhaitables. Jusque là, rien d’anormal.

Les petits tannants

La psychologue m’a expliqué que si j’avais un TDAH, je le saurais depuis l’enfance. J’ai posé des questions à mes parents et mon entourage. Au primaire, j’étais une petite tannante en classe, je parlais beaucoup, mais j’avais de bons résultats scolaires. J’étais présidente de ma classe, de mon école même. Au secondaire, je faisais de l’impro, du génie en herbe, j’écrivais dans le journal étudiant, je faisais du sport, je m’impliquais, j’avais toujours de bons résultats. Une étudiante modèle quoi! J’étais « active ». Faut dire que dans les années 80-90, le TDAH n’était pas réellement nommé. Peu de recherches étaient menées à ce sujet, encore moins pour les adultes.

Le TDAH chez l’adulte

C’est donc à l’âge adulte que le tout s’est davantage révélé. Aller au théâtre? Je ne suis pas capable. Je bouge, je tousse, je mouche, je ne tiens pas en place. Même si ce serait mon genre d’aimer ça. Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai égaré mes clés, où j’ai perdu mon cellulaire, où j’ai manqué un anniversaire, où j’ai omis de mettre un timbre sur une enveloppe, où j’ai oublié ce que je faisais il y a cinq minutes, etc.

Mon cerveau a encore besoin de lunettes

Mon cerveau a encore besoin de lunettes

J’ai donc du développer des techniques. La plupart puisée dans ce livre: Mon cerveau a encore besoin de lunettes. Changer ses habitudes, c’est angoissant parfois. Les choses que j’ai toujours menées de telle façon ne peuvent plus l’être ainsi. Une chance que j’ai assez confiance en moi, en ce que je sais. Mais ne me demandez pas de citer mes sources, je ne saurais trouver les références. Je sais juste que je l’ai lu quelque part.

Mes amies vous diront peut-être que je suis une fille à l’écoute, qui se rappelle de détails. Ma théorie, c’est que je m’en souviens avec mon coeur et non ma tête. Mais je m’en veux tellement d’oublier de prendre des nouvelles lorsqu’un événement important se produit! Ma tête est comme un disque dur rempli à pleine capacité et ma mémoire vive est à son maximum d’utilisation. Ou pour faire une autre analogie, j’ai un gros powerpoint qui roule en boucle, 24h sur 24h, en arrière-plan de mon cerveau. Les spécialistes parlent de la « bougeotte des idées ».

Mon semi coming-out

On parle si peu de cette situation pour l’adulte. Le TDAH n’est pas nouveau, mais je crois qu’il est « réveillé » par tous ces stimulis qui nous entourent. J’ai décidé de dévoiler cet aspect de moi pour tous ceux qui vivent ces situations, pour qu’on se sente moins seuls. Parce que je sais que plusieurs ont des doutes et se questionnent sur eux-mêmes. Parce qu’il est possible de trouver des trucs et astuces sans avoir recours à la médication (Obtenir un diagnostic implique de rencontrer plusieurs professionnels et peut coûter au bas mot 1000 $). Parce que si vous avez un TDAH, il est possible que vos enfants en aient un parce qu’il y a une part de génétique.

Ceci dit, je n’ai pas été diagnostiquée officiellement. Mais j’ai pris conscience que je pouvais peut-être en posséder certains symptômes. Avant de pousser l’investigation plus loin, j’ai essayé d’abord de réorganiser mes habitudes, de me donner des clés. Et ça fonctionne assez bien, avec des efforts et de la discipline!

De l’espoir

Tout n’est pas perdu. J’ai réussi à écrire ce long billet. Dernièrement, je suis allée au théâtre. Je me fais des tonnes de listes. Mon iPhone est rempli d’alertes. Je prends des notes en réunion. Facebook me rappelle les anniversaires et les événements. Je me suis fait des routines. Je garde les tâches exigeant plus de concentration à des moments-clés de la journée. Et surtout, je tente de garder confiance en moi. Je ne suis peut-être qu’une personne énergique après tout! Mais j’espère que vous ne m’en voudrez pas si j’oublie quelque chose à votre sujet ou si je gosse avec un papier pendant que vous me parlez…

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Des références :

Site sur le TDAH développé par le Dr Annick Vincent pour obtenir suggestions et conseils : http://www.attentiondeficit-info.com/

Site d’un bénévole qui accompagne des gens atteints de TDAH, il y cite de nombreuses ressources en plus d’expériences personnelles

Infos combinées (adulte et enfant) dans une fiche pratique sur le site de Passeport Santé

7 réflexions sur “Pourquoi je n’irai pas sur Pinterest ou le déficit d’attention chez l’adulte

  1. Merci Marika pour ce partage,

    J’hésitais à y aller. Comme je déploie beaucoup (trop?) d’énergie à partager et me renseigner sur le Web, je préfère modérer.

    Mais ma curiosité m’y aurait amenée.

    Ton billet a mis un point final à mon indécision. 😉

  2. Oh punaise, je crois que sous certains aspects, je suis un peu comme ca aussi… incapable de me concentrer plus de 20 min. Meme si je bosse dans les reseaux sociaux, je crois que tous ces reseaux m’empechent de me concentrer et me font papillionner plus qu’autre chose. Tu viens de m’ouvrir les yeux sur un sujet que je ne connaissais pas, vais aller en lire plus.

    Merci

  3. J’ai un collègue qui a une maîtrise en mathématiques et qui passe plusieurs heures par jour sur Internet depuis des années. Il se plaint de perdre sa capacité de concentration. Quand on lui parle, il a de plus en plus de misère à nous écouter plus d’une trentaine de secondes.

    Peut-être as-tu un problème génétique, mais tu fais toi-même le lien avec l’achat de ton Iphone et le temps passé sur les médias sociaux. Il est de plus en plus évident qu’Internet détruit la capacité de concentration. Si on arrête complètement de marcher, les muscles des jambes s’atrophient et perdent leur force. C’est pareil pour le cerveau. Si on pense surtout à des choses pendant un instant, on finit par perdre notre capacité à se concentrer plus qu’un instant. Et presque tout, sur Internet, ne dure qu’un instant, ce qui est d’ailleurs pourquoi ce médium est tellement excitant et stimulant.

    J’ai écrit ce petit texte sur ce sujet il y a quelque temps. Je te conseille de fermer ordi et Iphone 30 minutes par soir, de t’installer avec un livre, et de lire la même chose pendant au moins 30 minutes d’affilé. Exactement comme on va au gym. Petit à petit, ta capacité de te concentrer va augmenter… exactement comme au gym. Ça serait dommage qu’un cerveau comme le tien ne fonctionne pas à pleine capacité, hein?

  4. Je connais plein d’adultes qui se sont fait diagnostiquer à l’âge adulte (il me semble qu’on en parle abondamment, au contraire). Et j’entends des tas d’histoires à propos de gens sur le Ritalin pour arriver à mieux performer, même s’ils n’en auraient pas besoin… C’est la mode depuis quelques (plusieurs?) années. Perso – et j’en ai parlé publiquement à quelques reprises, encore à Cliquez il y a 3 semaines – je constate que 15 ans de Web a complètement modifié la «configuration» de mon cerveau. Je tente de le «rééduquer», mais ce n’est pas si évident.
    P.S.: Pour Pinterest, je n’accroche pas DU TOUT. Il y a donc de l’espoir.😉

  5. De plus en plus, je suis convaincu que pour performer réellement, il faut se vider le crâne, en tout cas, la mémoire vive dont tu parlais. Et aussi se trouver du temps libre, et tant qu’à faire du calme.🙂

    C’est pour cela que j’ai tendance à noter quand j’ai une idée pour l’oublier aussi vite (j’ai par contre bonne mémoire et je suis capable de retrouver ce que je pensais en détail à partir d’une simple note), et surtout que je limite bien l’utilisation des médias sociaux, il n’y a guère que Twitter que je continue à suivre sérieusement.

    Si je me prends à suivre tous ces réseaux, c’est sans fin, et c’est l’orgie d’informations jusqu’à l’écœurement. Et surtout, il y a tellement d’info qu’au final, je ne retiens quasiment rien, et c’est très chronophage.

    Au final, les blogs et les « bons vieux » fils RSS retrouvent bien grâce à mes yeux, le rythme de l’info y est bien plus soutenable, et justement, il y a un tri sélectif effectué par l’auteur🙂 .

  6. Merci à tous de vos commentaires. J’aime bien le commentaire de Marie-Julie qui dit que l’on doit « rééduquer » son cerveau. Je crois en effet que c’est un des « effets secondaires » de l’utilisation du web et des médias sociaux. Notre cerveau s’adapterait-il moins vite? Nico3333fr a des pistes de solutions je crois…

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